21 avril 2008
Coups de coeur Adulte- Hiver 2008
Le Testament de Vénus, Enzo CORMANN.


« Je, soussigné Vénus, cinquante-cinq ans, né le 25 avril 1947... »
Félix Fayard, dit Vénus, retrace le récit de sa vie sur trois cahiers
sauvés de la poubelle. Dans cet almanach buissonnier se croisent et se
bousculent les figures de sa mère Lucie, fille de meunier, et de Driss
Ben Shaab, ce Père Non Connu. L'image de la jarre enfouie où il se
réfugiait enfant, et le souvenir d'un chien tueur. Ses Leçons de
Voyouterie à Paris puis en Afrique, et les années de prison qui en
découlent. Ses Gamberges sur l'Être initiées à l'hôpital psychiatrique
où sa mère l'a fait interner, et ses conversations avec le
Mouvementeur, ce peintre qui l'enjoint de suivre ses impulsions de
gribouilleur...
Le secret, Anna ENQUIST.
Très tôt bercée par la voix de sa mère et par le piano de son maître de
chant, Dora Dirique n'a jamais vécu que pour la musique. Rêveuse,
farouche, elle a fait du piano son confident et son porte-parole,
jusqu'à ce que la maladie l'oblige à interrompre une carrière pourtant
très prometteuse. Aujourd'hui elle affronte, pour la première fois
depuis des décennies, un grand piano noir qu'elle a désiré installer
dans sa nouvelle maison.
Des premières heures de sa vie à cette tentative de renaissance, son histoire se recompose peu à peu, au fil de courtes scènes dans lesquelles les moindres détails - un parfum trop appuyé, un plat qui glisse et tombe à terre - ont l'acuité d'une révélation. Dans la mélodie de ses souvenirs, ce sont les silences qui donnent le ton : la sombre réserve de son père, les secrets de sa mère, le mutisme de son frère handicapé, les soupirs du professeur de piano.
Mélancolique et passionnée, cette confession à la troisième personne parle de la puissance de la musique face à la vanité du langage, de la faiblesse humaine et du grand chagrin, de l'amour fou et du Concerto italien de Bach.
Présent ? Jeanne BENAMEUR
Elle aurait voulu être une bête, au moins ça aurait été clair. Elle est
juste professeur de la vie et de la terre, mais il n'y a plus de vie il
n y a plus de terre sous ses pieds quand son amant part. Alors au
collège, elle n y va pas. Qu'est-ce qu'elle enseignerait, hein ? Son
corps enseignant, il est ici. Son intelligence, sa patience, son
savoir, tout pourrit sans caresse. Elle se racornit comme les feuilles
de certaines plantes quand elles manquent d'eau. Elle peut juste
attendre qu'il revienne ou qu'elle reparte le voir. Toute la vie
suspendue dans l'intervalle. Sans son corps, elle ne peut pas enseigner
C'est comme ça. Elle n'a de tête que si tout le corps vit. Et elle a
beau essayer de penser autrement, elle n y arrive pas. Elle pense par
la peau. Son corps la mène dans la vie et elle découvre un gouffre. Le
corps peut manquer à l'appel. D'une écriture incisive et empathique,
Jeanne Benameur brosse le portrait de tous les acteurs d'un collège de
banlieue avant les émeutes, questionnant leur présence vive. Avec
émotion, elle débusque les symboliques occultées du monde scolaire et
les drames intimes de chacun: une brèche s'ouvre pour une pédagogie à
rebours de tous les tabous.
Château de verre, Jeannette WALLS.
"Je me demandais dans le taxi si je n'étais pas trop habillée pour la
soirée quand j'ai aperçu maman en train de fouiller dans une benne à
ordures. (...) Elle s'était entouré les épaules de chiffons pour se
préserver de la fraîcheur printanière et faisait son choix dans la
poubelle pendant que son chien, un terrier croisé noir et blanc, jouait
à ses pieds. (...) En dépit de ses cheveux gris emmêlés et de ses yeux
creusés, elle me rappelait encore la mère de mon enfance, celle qui
accomplissait des sauts de l'ange du haut des falaises, peignait dans
le désert et lisait Shakespeare à haute voix".
Jeannette
Walls est connue du Tout New York : chroniqueuse mondaine, elle évolue
dans le monde des célébrités. Qui pourrait imaginer qu'elle a passé ses
premières années dans la misère la plus sordide? - que son enfance a
été une lutte continuelle pour survivre, marquée par un père et une
mère d'une excentricité absolue? Amoureux des arts et des lettres,
sublimes de fantaisie, les parents Walls sont aussi des marginaux d'un
égoïsme criminel. Mathématicien et bricoleur inspiré, le père caresse
un rêve fou : bâtir une maison de verre dans le désert. Mais il noie
ses projets dans l'alcool. La mère écrit, peint, déclame de la poésie.
Son bien-être ne l'intéresse pas. Celui de sa progéniture non plus.
Fuyant la misère, la famille doit sillonner l'Amérique. En permanence,
les enfants Walls sont confrontés au froid, à la faim, au danger.
Jeannette
Walls raconte l'histoire poignante de son enfance - une enfance nourrie
aux mythes des années 1960: le rejet de la société de consommation, le
culte de la nature, le retour à la vie des pionniers... Mais son récit
est avant tout le chant d'amour hors du commun d'une petite fille pour
ses parents.
Le passé devant soi, Gilbert GATORE.
Isaro, enfant d’Afrique adoptée en
France, est une étudiante belle comme le jour qui voit son insouciance
se fêler le jour où les nouvelles terrifiantes de son pays d’origine se
mettent à tonner trop fort. Niko est un simple d’esprit au corps aussi
harmonieux que sa dentition est monstrueuse. Depuis la fin de la guerre
civile qui a ravagé son village, il vit caché dans la grotte peuplée de
grands singes qui surplombe le lac. L’une voudrait comprendre ce que
l’autre souhaiterait seulement oublier…
Deux personnages fragiles, facettes d’une même médaille, font vibrer ce magnifique premier roman : la victime et le bourreau, confrontés chacun à la question de la rédemption et de la renaissance.
L’écriture, éblouissante, épouse les contours de rêves aux couleurs aussi violentes que sensuelles et de contes ancestraux où des hirondelles trop fières d’elles paient du prix de leur vie les défis qu’elles lancent à de malheureux crapauds.
Cochon d'allemand, Knud ROMER.
Que signifie être allemande dans une petite ville danoise, quelques
années après la fin de la Seconde Guerre mondiale ? Que ressent-on
quand on se fait traiter de "cochon d'Allemand" à chaque récréation ?
Quand on est témoin de l'ostracisme permanent à l'égard de sa mère ?
Pour avoir été ce "cochon d'Allemand" à Nykobing Falster où il est né
en 1960, KNUD ROMER le sait. À partir de ses souvenirs, il compose un
récit déchirant sur l'enfance réduite malgré elle à se fondre dans un
conformisme de survie. En évoquant sa famille, l'auteur dresse une
galerie de portraits pathétiques et nous fait remonter dans le temps :
le roman autobiographique se transforme en une fresque historique,
celle du Danemark et de l'Allemagne au cours du XXe siècle. Lauréat en
2006 de nombreux prix, Cochon d'Allemand dépeint dans un style dense et
enlevé une époque teintée de rancœur et de culpabilité.
La chute de vélo, DAVODEAU.
Avec son mari, ses enfants, son frère et un
ami, Jeanne vient remettre en état la maison de sa mère pour en
préparer la vente. La vieille dame, qui perd la mémoire, est
hospitalisée. Mais les médecins ont accepté qu'elle revienne passer
quelques jours en famille dans la maison. De l'autre côté de la rue, un
maçon forme un apprenti sur un chantier. L'ambiance est rude. Fascinés
par les rapports entre les deux hommes, les enfants vont, par accident,
exacerber cette tension. C'est le moment que choisit la vieille dame
pour disparaître. Elle demeure introuvable. C'est la panique. Mais
heureusement, Toussaint est là. Toussaint est un ami, un pauvre type
malchanceux que toute la famille aide depuis des années à ne pas
sombrer dans la misère. Toussaint est quelqu'un d'étrange : rendre
service le bouleverse, comme s'il cachait un secret dont ses amis ne
sauront jamais rien.
En attendant l'eau chaude, VAUTRIN.
Pour se jeter à la tête du cheval emballé faut-il commencer par épurer
l'eau ? Rincer les huîtres ? Stopper le fog ? Catalyser les carburos ?
Supprimer les bagnoles ? Relâcher les ours ? Adorer les médias ? Naître
in vitro ? Cloner les mioches ? Se laisser tondre la laine par les
marchands de tubes cathodiques, de logiciels, de carburant ou zigburner
sa bistroquette en attendant l'eau chaude ?
C'est
la question que pose Ben, pour Benjamin, un gosse né d'un dessin
d'impatience. Un petit gars qui transite sur le territoire virtuel
d'une feuille de papier Canson crayonnée par son père. A 74 ans,
Vautrin tente la réponse et son invitation graphique vaut pour un
voyage qui secoue, empoigne, dérange. Invention et subversion sont au
rendez-vous du texte et des dessins. Pamphlet ? Chahut ? Critique
sociale ? Ricanement anar ? En attendant l'eau chaude brasse
l'invention et la confidence, tricote le virtuel et la réalité, invite
le rire, les larmes et la colère. Un roman-fable. Un roman-piège. Un
polar. Un roman-graf qui abandonne aux mots juteux, cousins des dessins
expressionnistes, le champ de l'impertinence, de la contestation et
d'une fraîcheur poétique bien décidée à briser toutes les barrières.
Comme disait Audiard avec l'air farouche, les imbéciles ne lisent pas
Vautrin.
Trois Ombres, Cyril PEDROSA.
Entre conte fantastique pour enfants et récit initiatique aux mille
entrées, cet imposant roman graphique de 268 pages se lit d’une traite !
Une famille vit heureuse et paisible dans une chaumière isolée dans la campagne, jusqu’au jour où trois mystérieux cavaliers apparaissent sur la colline d’en face. Flairant que le danger pourrait très vite venir de ces trois ombres menaçantes, le père prend son fils dans ses bras et part en bateau vers le pays de ses ancêtres, au-delà du grand fleuve…
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